Le moins que l’on puisse dire est qu’en ce début d’année de 2eme semestre 2017, les choses s’accélèrent en matière de très haut débit optique. Quelques semaines à peine après la décision du Conseil Général des Hauts-de-Seine de se doter, à l’instar de Pau, d’un réseau de fibre optique allant de 100 mégabits par seconde à 1 ou 2 gigabits par endroits, la ville de Paris, par la voix de son Maire, Anne Idalgo, a annoncé qu’elle allait se doter de son propre réseau à très haut débit en fibre optique jusqu’à l’habitant et lancer très rapidement un appel d’offres dans ce sens.

 

Mais l’annonce la plus importante est intervenue le 17 janvier dernier quand Orange a annoncé qu’il allait abandonner le VDSL (une technologie hybride qui combine la fibre optique et la paire de cuivre) et se concentrer sur la fibre optique reliée directement chez l’abonné. Ce déploiement financièrement lourd se fera à mesure que les usages se développeront. Didier Lombard, P-DG de Orange a décidé de miser sur la fibre optique déployée jusqu’à l’abonné (baptisée FTTH, pour Fiber to the Home) pour répondre aux besoins croissants de ses clients en débit. Orange explique qu’à court terme « la qualité de réseau de cuivre Orange et la maîtrise des technologies DSL permettent de satisfaire les usages du Haut Débit » mais qu’à « l’horizon de quelques années, les besoins en débit vont continuer à croître fortement ». Mais pas question « de faire basculer du jour au lendemain des millions de prises », prévient le patron de FT. La première étape de cette orientation stratégique débutera dans un premier temps avec le lancement d’un projet pilote d’accès « très haut débit » (100 Mbits/s) d’ici juin 2006. Mille foyers seront sélectionnés à Paris et dans six villes des Hauts-de-Seine dont Issy-les-Moulineaux, Boulogne, Rueil Malmaison, Asnières et Villeneuve la Garenne.

Quelle conditions de déploiements ?

Pour participer, chaque foyer devra souscrire un abonnement à 80 euros par mois. Outre l’accès très haut débit, ils bénéficieront pour cette somme d’un service de téléphonie illimitée (VoIP), de la télévision haute définition, ainsi que de tous les services liés au boîtier Livebox de Wanadoo. Les clients du pilote se verront également proposer un grand nombre de services innovants à tester. A l’issue de cette première phase d’expérimentation, Orange pourra étendre, à horizon 2007, des pilotes dans d’autres agglomérations en France.

La technolgoie FFTH

Cette solution FTTH a été retenue pour succéder aux différentes technologies xDSL qui plafonnent désormais à 30 Mbits/s (débit théorique) pour l’ADSL 2+. Au passage, FT choisit de faire l’impasse sur un déploiement à grande échelle de technologie VDSL2 (Very High Rate DSL 2 ou ligne numérique d’abonné à très haut débit version 2), qu’il testait en laboratoire depuis l’automne dernier. « Nous arrivons au bout des capacités de la paire de cuivre », explique Didier Lombard. « Il ne serait pas raisonnable d’engager des investissements sur une technologie, le VDSL 2, dont je sais qu’elle ne va durer que deux ou trois ans ». Car ensuite, selon ses prévisions, les usages de ses clients vont nécessiter des débits plus élevés, qui rendront le passage à la fibre optique incontournable.

Pour l’opérateur, l’objectif est bien d’avoir un jour de la fibre optique dans tous les foyers, même dans les zones rurales. D’autres pays se sont déjà convertis à la fibre optique de bout en bout. La Corée du Sud y a recours pour connecter immeubles et domiciles. Au Japon, près de 4 millions d’abonnés sont aujourd’hui raccordés par FTTH (Fiber To The Home, soit la fibre jusqu’au domicile de l’abonné). Mais, en Europe, aucun opérateur historique n’a encore déployé cette technologie sur une large échelle. Avec cette annonce de Orange , Il est intéressant de constater que l’idée, longtemps considérée comme saugrenue et irréaliste, d’amener la fibre optique jusqu’aux habitations, fait peu à peu son chemin. Le Ministère de l’Industrie a confié à l’Idate une mission de réflexion prospective sur les technologies de l’après ADSL qui pourraient permettre à la France d’accélérer sa mutation vers le très haut débit, c’est-à-dire au moins 100 Mbit/s symétrique. L’Idate devrait rendre ses conclusions, très attendues, au printemps 2006. De son côté, le Syndicat professionnel des fabricants de fils et câbles électriques (Sycabel), a publié un Livre blanc très intéressant dans lequel il préconise une politique ambitieuse et volontaire des pouvoirs publics en matière d’aménagement numérique du territoire et notamment le développement massif du FTTH, c’est-à-dire de la fibre optique jusqu’au domicile.

Les limites de la fibre ?

Ce livre blanc préconise le recours à la fibre optique pour faire passer la France au très haut débit et en s’appuyant sur le fait qu’aujourd’hui l’ADSL arrive à ses limites en terme de débit. L’ADSL2 permet certes, à quelques centaines de milliers de citadins privilégiés de bénéficier (en voie descendante) de 24 Mbits/s mais cette technologie ne fonctionne qu’à moins d’1,5 Km du central téléphonique. Autant dire qu’il n’y a aucune chance qu’une majorité de nos concitoyens puissent rapidement en bénéficier.

Aujourd’hui, en dépit des progrès réalisés, seuls ceux demeurant à moins de 8 km d’un central téléphonique peuvent accéder à l’ADSL. Le problème majeur inhérent à l’ADSL est qu’avec les fils de cuivre du téléphone, le débit décroît très vite en fonction de l’éloignement. Or la distance moyenne d’un foyer français par rapport au central téléphonique est à ce jour de 2,7 kilomètres. Soit, en gros, du 4 Mbit/s. C’est insuffisant pour un certain nombre d’applications, notamment pour la télévision haute définition. Car le palier de ce genre de service s’établit à 10 Mbit/s.

Et ce n’est qu’un début car très rapidement nos concitoyens vont vouloir disposer du « quadruple play », incluant l’Internet très haut débit, la TVHD, le téléphone fixe, le mobile à très haut débit supportant les applications vidéo et visiophonie. Mais pour que toutes ces nouvelles applications fonctionnent simultanément à pleine puissance, le débit requis est d’au moins 60 Mbit/s ! Nous sommes donc très loin des 24 Mbits/s de l’ADSL2 et encore plus loin des quelques Mbits/s dont doivent encore se contenter aujourd’hui la majorité des internautes.

Partant de ce constat, et de l’augmentation rapide inéluctable des besoins en bande passante, liée à la multiplication et à l’intégration des nouveaux usages numériques, notamment en télétravail, télémédecine et télééducation, Orange a fait le choix de l’avenir qui consiste à sauter l’étape VDSL et passer directement à la fibre optique jusqu’à l’abonné (fiber to the home, FTTH), comme au Japon ou en Suède.

La fibre optique a longtemps eu la réputation d’être une technologie très coûteuse. Mais depuis 10 ans, le prix de la fibre optique a été divisé par dix. En outre, dans une infrastructure optique, la fibre ne représente que 10 % de l’investissement total. Le reste est constitué par le génie civil. Pour le cuivre ou la fibre, les coûts des équipements de réseau sont similaires, tout comme les dépenses de génie civil. Au final, on arrive à des coûts identiques pour la fibre, quand il n’y a pas d’infrastructures préexistantes. A cet égard, nous devons nous inspirer de l’exemple de la Suède et de la Finlande qui ont su, grâce à de nouvelles formes de partenariat public-privé et à une politique volontariste et ambitieuse de l’Etat, développer des réseaux optiques jusqu’à l’habitant non seulement dans les villes mais aussi en milieu rural.

Politique volontariste de l’état

Si l’on considère donc le point d’évolution techno-économique auquel notre pays est parvenu, (un foyer sur deux possède un ordinateur et quatre foyers sur 10 sont connectés à l’Internet haut débit) je crois qu’il est légitime de se demander si l’Etat, en synergie avec les collectivités locales, ne devrait pas mettre en oeuvre un plan ambitieux visant à amener la fibre optique dans chaque foyer. Outre son débit, trois raisons me semblent plaider pour un tel plan.

D’abord la réserve de bande passante. Contrairement aux technologies sur cuivre, pour lesquelles le débit est physiquement limité et décroît très rapidement avec la distance, les possibilités d’accroissement de débit sur les fibres actuelles sont phénoménales et sans comparaison avec toute autre technologie. Selon différentes expérimentations réalisées depuis 5 ans, on est aujourd’hui certain de pouvoir multiplier par 1000 au moins le débit des fibres optiques existantes ! Grâce au multiplexage en longueur d’onde (WDM), l’augmentation de la capacité par fibre est de 120 % par an alors qu’elle était auparavant de l’ordre de 35 % par an. Cette évolution contribue de façon décisive à la baisse continue du coût du bit/s transmis observée depuis 1996, soit 40 % par an.
La deuxième raison est liée à la sécurité des transmissions optiques, infiniment plus sûres que les transmissions hertziennes, surtout avec l’avènement prochain de la cryptographie quantique.
La troisième raison tient au fait, qu’à terme, la photonique et l’ordinateur optique remplaceront l’électronique et l’informatique actuelles en raison des gains fantastiques en rapidité et en puissance de calcul que nous laissent entrevoir ces technologies optiques.
Dans cette perspective, il parait logique de favoriser et de promouvoir ce basculement technologique vers un continuum numérique tout optique, du stockage au traitement, en passant par la transmission de l’information. Cela est d’autant plus vrai que l’arrivée d’un nouveau type de fibre optique haute performance en plastique devrait rendre encore plus facile et moins coûteux le câblage optique des immeubles (Voir article dans la rubrique « Information&Communication »). Pour toutes ces raisons, notre pays doit, s’il veut rester dans la complétion numérique mondiale, se donner les moyens d’accélérer sa mutation technologique de l’électron vers le photon.

On comprend mieux l’importance de ce défi quand on sait qu’au Japon, la connexion en fibre optique dépassera en 2008 l’ADSL avec 35 % de parts de marché et dominera l’accès Internet dans ce pays. 50 % des foyers japonais auront leur accès par fibre optique jusqu’à la maison d’ici 2010 avec un débit de 1 gigabits/s. Dès aujourd’hui, NTT installe 15.000 foyers/jour actuellement et propose un débit de 100 Mbits symétrique pour 45 € par mois.

Plus près de nous, la Suède, faisant preuve d’un grand volontarisme politique, a décidé il y a presque 10 ans de câbler ses 290 collectivités locales en fibre optique, moyennant 9 milliards d’euros. Aujourd’hui, toutes les villes de Suède sont reliées par une boucle optique et la plupart des foyers à Stockholm peuvent obtenir une connexion à un gigabits, grâce au FTTH.

Mais l’état suédois, soucieux d’égalité numérique, n’a pas oublié les zones rurales. Bränland, dans le Nord de la Suède, qui ne compte que 21 foyers répartis dans une zone de 3 kilomètres de large, a quand même installé son réseau en fibre optique (FTTH) grâce au financement de l’Etat suédois.

Quant au coût d’un tel réseau optique, il est beaucoup moins prohibitif qu’on ne l’imagine, 8€/mètre pour l’enfouissement en micro-tranchée. La technologie retenue est celle de la fibre optique soufflée dans les fourreaux (technologie de la société Emtelle). Au total, le raccordement d’un foyer de Bränland revient à 900 €.

Amener à tous les foyers français l’Internet à très haut débit par fibre optique coûterait environ 30 milliards d’euros. Cette somme peut sembler énorme mais elle ne représente pourtant qu’à peine 2 % de notre PIB annuel, ou encore 500 Km d’autoroutes. Cet investissement national serait un vrai choix d’avenir et donnerait à notre pays les moyens de prendre la tête de la compétition numérique mondiale. Je forme le vœu qu’à l’occasion des prochaines élections présidentielles de 2007, ce projet fasse l’objet d’un grand débat démocratique et figure en bonne place dans les programmes des principaux candidats en tant qu’objectif prioritaire à réaliser au cours du prochain mandat présidentiel.

Si vous disposez de quelques minutes, je vous invite à relire deux de mes « éditos », celui du 6 Mai 2000 intitulé « Hauts débits : cessons les combats d’arrière-garde » et celui du 22 Mars 2003 « Hauts débits : dans une décennie, chacun aura besoin de plus de 100 mégabits. Leur lecture est édifiante.

Pour conclure, je voudrais adresser au nouveau Président de Orange , Monsieur Didier Lombard, mes plus sincères félicitations pour avoir eu le courage et la volonté de prendre cette décision historique du FTTH pour le plus grand nombre. C’est une réelle rupture culturelle et technologique mais seule cette voie permettra de relever le Défi du Futur : celui qui permettra à tous les Français d’être « hyperconnectés » au reste du monde. Grâce à la décision capitale qui vient d’être prise par Orange , les Français pourront disposer, demain, d’un signal de qualité. C’est une merveilleuse nouvelle pour La France.

One thought on “[Economie numérique] : Le très haut débit de demain

  1. Alain dit :

    Avec le projet d’éradication des zones blanches de la 4G, le déploiement de la très haute définition est une excellente nouvelle !

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